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J’abandonne le métier de photographe

by admin octobre 21, 2019

 

En première partie je vous expose mon parcours et tous les efforts que j’ai fourni pour réussir.

En deuxième partie je vous explique pourquoi j’ai décidé d’abandonner.

 

J’avais commencé la photo en amateur en 2015, après avoir vu une démonstration fascinante du Nikon P900 et de son zoom sur la Lune ainsi qu’à travers le paysage. Fin 2017 je m’étais essayé avec plaisir au portrait, et avais décidé d’en faire mon nouveau métier. Un métier plus créatif, plus proche des gens, plus extérieur que les précédents.

J’avais déjà commencé à me former sur les fondamentaux, le matériel, la technique, la composition, la retouche etc. via les catalogues de lynda.com et empara.fr et des bons livres. J’ai continué à le faire pour le portrait sous toutes ses formes. J’ai commencé à me constituer un portfolio à base de collaboration (séances gratuites contre les photos). À ce moment j’ai rencontré mes premières difficultés. Malgré avoir contacté la plupart des modèles de la région via tous les sites spécialisés (290 modèles en tout en comptant les comptes abandonnés, les emails en spam, les pas lus etc.), je n’ai pas eu assez de réponses pour faire plus d’une séance (gratuite !) par semaine, c’est dire si les gens ne se pressaient pas. En fait il faut le savoir les modèles amateurs (principalement des femmes) sont souvent sollicités et donc peuvent choisir quand et avec qui elles font des photos. C’est pas du tout comme si on leur proposait un rôle dans un film. Certaines demandent un défraiement (alors que lorsqu’on est photographe pro c’est le client qui pait nos frais, cherchez l’erreur). Certaines demandent carrément à être payée à l’heure, surtout celles qui font du nu. Bref ça vous donne une idée de qui exploite qui dans ce domaine.

Quand j’ai eu assez de portraits (une douzaine de collaborations) j’ai construit un 2e site (j’avais déjà bricolé un portfolio), un site pro avec nom de domaine, thème WP pro, logo de designer, et expert en référencement (qui continue de m’aider à ce jour). J’ai toujours cru en mon site web comme source principale de clientèle (grave erreur). En un an j’ai fait 5 versions du site, j’étais convaincu que le taux de conversion quasi nul n’était pas normal. Alors j’ai amélioré plusieurs fois l’ergonomie du site et le « marketing » des pages de vente. À la première version il n’y avait que mes photos, je pensais que ça suffirait (les sites concurrents étant très zens). Ensuite j’ai utilisé le guide du site web persuasif – sans plus de résultats. Après j’ai compris que je devais simplifier la prise de contact au maximum notamment en ne répondant PAS aux questions (via une FAQ) avant qu’elles ne soient posées. Avec pas moins de 16 offres différentes et 20 autres pages j’ai passé un temps considérable à redessiner les pages, imaginer leur texte, appliquer les recommandations SEO. Dans la globalité ça n’a rien apporté. En dernier recours j’ai utilisé le copywriting sur mes pages de ventes les plus vues et…ça n’a rien changé non plus.

Parlons de la publicité (en attendant d’arriver en première page de google). J’ai faits plusieurs campagnes sur FB qui ont eu des bons taux de clic avec des likes et des partages, mais aucune action une fois arrivée sur mon site pro. Même chose sur Google Ads ou pendant un an j’ai payé pour avoir des visiteurs. Le taux de clic moyen était de 5%. Mais pareil ça a été de l’argent jeté par les fenêtres.

En un an (de septembre à septembre) j’ai eu 6750 visiteurs uniques, soit 16 par jour. Et pourtant j’ai eu plus de demandes de shooting de la part de femmes rencontrées sur adopteunmec, que venant de tout le reste. Cherchez l’erreur !

Concernant les réseaux sociaux j’avais choisi Facebook (obligé d’y avoir une page pro) sur lequel j’ai commencé à publier des photos différentes de sur instagram, mais j’ai abandonné faute de temps. En fait la durée de vie du contenu sur FB est trop faible pour le temps nécessaire à le créé, surtout si on n’a pas déjà une communauté. Sur instagram je n’ai pas réussi à faire décoller les statistiques, je croyais qu’il suffirait de publier des nouvelles photos mais le nombre d’utilisateurs à fait que l’algorithme n’est plus aussi généreux. Bref impossible de créer une communauté (en moyenne dans ma région de 700 abonnés et 65 likes) sans y passer un temps considérable avec des techniques adaptées.
Toujours sur IG j’ai contacté pas moins de 850 (huit cents cinquante) personnes pour leur proposer des shootings. Principalement des jeunes filles (ce sont les plus nombreuses à publier des photos) mais pas que. Entre les messages jamais lus, ceux jamais répondus, les non, les oui mais je n’ai pas d’argent, les oui mais je n’ai pas le temps, et les oui mais je vais prendre 1 mois pour choisir mes tenues, ben je n’ai pas fait beaucoup de séances gratuites ou payantes. En fait j’ai eu tellement de mal à trouver des modèles pour mes nouvelles types d’offres (boudoir, mannequin, corporate etc.) que j’ai dû faire l’impensable : utiliser des images libres de droits en guise d’illustration.

A contrario lorsque je suis allé à la rencontre des gens, principalement dans les parcs, ou les lieux de détente et que j’ai proposé de faire une mini-séance photo gratuite sur-le-champ (sans montrer mon portfolio) j’ai eu un taux d’acceptation se disons 1 sur 3, ce qui est énorme. Mais aucune de ces collaborations n’a généré d’achat de tirage, ou de séance payante, ou de nouveau client via bouche-à-oreille.

Dans la même veine on m’a offert pendant quelques heures un emplacement dans une galerie commerciale où j’ai pu faire vivre le stand de la fête des mères et ensuite mon propre stand à base de nounours géants (pour attirer les enfants). Là encore les mini-séances gratuites pour me faire connaitre ont très bien marché avec à l’heure de pointe une famille photographiée toutes les 5 minutes. En tout j’ai shooté 57 groupes différents, mais entre ceux qui n’ont pas reçu mon email, ceux qui n’ont pas accepté mon usage des photos, etc., il n’y en a en fait que 4 qui ont manifesté un intérêt réel pour une séance payante. On m’a dit que c’était un très bon rendement. Moi je ne trouve pas, et même si c’est le cas ça n’est pas reproductible, car un emplacement dans un supermarché coute normalement 900€HT la semaine !!! Parfaitement inabordable pour un photographe qui se lance. Et même si j’avais une solution rodée pour vendre des tirages sur place (et faire un RSI), combien de temps j’aurais dû faire ça avant d’avoir une clientèle suffisante ?

Afin de me faire connaitre j’ai aussi contacté des professionnels avec une clientèle similaire à la mienne. J’ai proposé de venir faire des photos gratuites des clients sur place à: 9 salles de musculation, 6 parcs de loisirs, 6 centres équestres, 8 écoles de théâtre, 13 instituts de beauté, 24 salons de coiffure, 4 clubs d’arts martiaux, 3 hôtels de charme, 3 galeries marchandes.
Environ 1/3 ont accepté au téléphone, les autres ont refusé d’emblée ou feint de nom recevoir. Les plus collaboratifs ont été les salles de muscu, et les moins ont été les coiffeurs qui sans exception ont été incapables de réunir des clients intéressés ou de fixer une date. Je suis retourné les voir pour leur proposer cette fois un partenariat : j’étais prêt à leur reverser 25% du montant de toutes les séances vendues grâce à eux. J’ai eu droit à de nouveaux refus alors que les sommes correspondaient à entre 30 et 100€ et que j’avais imprimé pour les aider un album photo best of en 10×15 cm.

Devant toutes ces difficultés, et même dès le départ j’ai tenté de trouver de l’aide. J’avis déjà visionné toutes les formations « marketing » d’empara.fr mais ça ne me disait pas ce qui clochait. C’est là que j’ai constaté que j’étais quasiment seul. Aucun forum français n’a de véritable section dédiée aux photographes professionnels qui d’ailleurs en sont majoritairement absents. Restaient les photographes, les studios, ou les entreprises spécialisée dans l’accompagnement à la professionnalisation des métiers de l’image. Bien que les formations à la prise de vues et aux retouches pullulent (quasiment chaque photographe vend les siennes), les professionnels qui connaissent le métier et proposent d’accompagner les débutants à se faire une place sur le marché, se comptent sur les doigts de deux mains en France, et pire ils se permettent de choisir ceux qu’ils veulent aider « à la tête du client ». Et donc j’ai pu avoir certains conseils qui étaient bons, mais aucun ne m’a apporté de clients.

Ma dernière carte à jouer pour tenter de percer était de me montrer au public moi et mon travail. Pendant plusieurs mois j’ai fait trainer car cela me faisait peur. Puis je me suis lancé, j’ai fait imprimer mes meilleurs photos sur 2 posters format A1 que j’ai glissé dans un stop trottoir, et je suis allé le mettre en plein dans la rue piétonne de Poitiers, un samedi après-midi donc blindée de monde. Résultat ? on m’a complètement ignoré pendant une heure et demie. Quant au bout de 45 min j’ai commencé à aborder les couples et les familles ça n’a pas été mieux (« non merci, pas le temps, on a déjà des photos »). En y repensant c’était évident que les gens allaient zapper ma pancarte comme toutes les autres publicités, mais je suis sûr que si j’avais eu des marrons chauds à vendre, j’aurais gagné une bonne centaine d’euros. Bref c’est à cette occasion que j’ai vraiment compris que la photographie c’était mort dans la tête du prospect. Cela m’a profondément démotivé. Il n’y a plus d’hungry crowd pour les photos de portrait.

Au final pourquoi j’abandonne la photographie professionnelle. Le manque cruel de client a toujours été présent malgré mes efforts, mais aujourd’hui si je n’y crois plus c’est pour plusieurs raisons:

# D’abord le mépris des gens pour ce métier. Il ne s’agit pas seulement des gens qui veulent payer une prestation la moins chère possible. Ça se manifeste de plein de manières :
• le non respect du droit d’auteur (pas de publication alors que c’est demandé en échange d’une collaboration, pas de citation pourtant légalement obligatoire, des contrefaçons à loisir (retouches instagram, ou impression à domicile))
• des photos au smartphone par le reste du groupe en même temps que je photographie les premiers avec mon appareil
• des instructions données au modèle par un proche pendant que je le photographie
• (et le pire) me donner des pièces ou des petits billets en échange des mini-séances gratuites, comme à un mendiant, exactement

# Je ne suis pas un passionné, eh non. J’étais amateur depuis 2015 et j’ai décidé de passer pro quand je me suis essayé au portrait. L’exercice m’a beaucoup plu et je voulais une occupation plus créative et plus proche des gens. La passion aurait pu me permette de surmonter les difficultés, comme un artiste qui veut plus que tout s’exprimer. Mais ça n’est pas mon cas.

# J’ai choisi un mauvais créneau, celui des portraits (au sens large), marché remplacé par les smartphones et les amateurs, où seuls les événements importants (mariage, grossesse, naissance – que je ne fais pas) requièrent encore les moyens d’un professionnel. Mais ça aucune formation ne le dit.

# J’ai voulu me différencier par un aspect difficile du portrait: ce que les gens ont à exprimer, que ça soit leur passion, leur personnalité ou leur émotion. Mes clients étant rarement des comédiens ou des artistes, ils n’ont pas voulu ou pas su sortir du classique. Et comme le seul intérêt que je vois au portrait est de montrer l’humain, mes photos sans accessoire ni artifices ne sortent pas du lot.

# Enfin la dernière raison, dont j’ai pris conscience grâce aux remarques d’un collègue avisé, c’est que dans la photographie, du moins celle de portrait, il faut du réseau proche pour réussir. Le site pro, le Facebook, la publicité, l’instagram, les événements ça n’apporte que très peu de clients. L’immense majorité vient du bouche-à-oreille et celui-ci commence et continue par les amis et la famille. Or je n’ai pas ce réseau dans le département où j’ai emménagé, et pire j’ai toujours séparé le privé du pro. Bref, depuis que j’ai compris que la seule compétence dont j’avais besoin pour réussir je ne pouvais pas l’acquérir, je n’ai plus le stress et la pression. Je vais même arrêter de perdre de l’argent ! Et pouvoir mettre toute mon énergie dans un nouveau projet.

Je partage mon périple pour vous donner un exemple d’entreprenariat difficile. La photographie c’est comme vendre un service de blanchisserie quand les gens ont tout l’équipement à la maison, c’est possible mais très difficile car contre la tendance.

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